mercredi 2 octobre 2013

Le Monde de Titus, tome 1 : L'île aux tortues - Koulou




Synopsis

Titus, Maya et Cyrius sont des jeunes comme les autres. Ils grandissent, font des choix pour leur avenir, aiment s'amuser et, parfois, défient l'autorité des plus anciens. Sauf qu'ils vivent sur une île et semblent appartenir à une époque antérieure à la nôtre. Eux et toute leur communauté vivent de cueillette, de pêche et de la chasse des tortues géantes qui peuplent leur île. Ils ne prennent que ce dont ils ont besoin et sont même tristes de devoir tuer des êtres qu'ils traitent en égaux. L'argent ne semble pas faire partie du système qui régit leur vie. Du point de vue politique, les grandes décisions sont prises par un conseil, constitué des anciens du village. On retrouve trois dirigeants : le chef de la confrérie des guerriers-forgerons, celui de la confrérie des prêtres-alchimistes et une troisième personne, une femme, que je ne suis pas parvenue à identifier.

Tout va bien sur l'île, jusqu'au jour où le Krakatoro, volcan de l'île, entre en éruption et forcent nos amis à quitter leur paradis terrestre. C'est alors que les certitudes se fissurent, la peur risque de créer des conflits. Avant que le pire n'arrive, il semblerait que la seule solution soit la fuite. Il faut construire un bateau pour quitter l'île.


Que dire ?

L'univers de Koulou me plait énormément par son mélange entre la simplicité de son trait et l'originalité de son univers. On y trouve une végétation et des animaux extraordinaires. Simplicité ne veut pas dire pauvreté, bien au contraire ! Les ambiances, les couleurs, les jeux d'ombre et lumières sont magnifiques et vivants.

Cependant, cette BD ne se contente pas d'être jolie à regarder. La vie sur l'île semble idyllique et bien enviable à la nôtre. Pas de pollution, pas de guerre (du moins, très peu, les guerriers n'étant là que pour la protection, pas pour l'attaque). Tout est rose et violette.
Du moins, en apparence. En effet, Maya, seule personnage féminin du trio principal, soulève un problème : en tant que femme, il lui est interdit d'intégrer la confrérie des guerriers-forgerons, alors qu'elle souhaite prendre les armes aux côtés de ses amis. Elle est obligée d'intégrer les prêtres-alchimistes, chose qui ne l'enchante guère car la religion, ce n'est pas sa tasse de thé.
Elle et ses amis tentent de changer ce qui est devenu une tradition, bien qu'aucun texte ne le mentionne de quelque manière que ce soit. En vain. Les anciens restent campés sur leurs idées et les jeunes n'ont pas l'autorisation de participer aux réunions du Conseil. Dur dur de faire évoluer une société qui nous déplait...

On se rend vite compte que la communauté imaginée par Koulou est en fait le reflet de la nôtre, avec les mêmes injustices, les mêmes travers. L'auteur soulève bien des questions, des sujets épineux. La religion et la foi, le sexisme, le rapport à la force, le végétarisme...sont autant de sujets traités en filigrane.

Le danger qui menace nos amis et leur communauté ne sont qu'une occasion supplémentaire de poser quelques réflexions sur l'égoïsme qui prend le dessus en cas de problème, le besoin inutile de rejeter la faute sur autrui pour se rassurer. Pour moi, cet incident est également une métaphore, un moyen d'illustrer une communauté obligée de changer si elle ne veut pas sombrer.

Tout le long de la BD, Koulou ne se contente pas se critiquer crûment, il discute et propose des solutions aux travers de dialogues entre les personnages. De plus, il décore les grandes scènes et dialogues de petites mises en scène comiques (genre deux petits dinosaures qui se chamaillent) comme pour rappeler qu'il ne faut pas oublier les petites choses amusantes de la vie, qu'il faut parfois faire une pause pour admirer ce qui nous entoure. Trop réfléchir, ce n'est pas bon pour le cerveau, ni pour l'égo. De plus, le langage est assez particulier (ex : « karam » signifie « cool, génial »).

Le porte-parole principal est Titus mais les autres ont chacun leur mot à dire. Titus discute des dieux, du rapport à la violence. Maya souligne le sexisme et la société continuant à perpétrer les mêmes erreurs, par peur du changement et du bouleversement. Cyrius est plutôt celui qui exprime la peur et les inquiétudes des hommes, comme le prouve ce dialogue :

Titus : « Tu sais, comme on y peut rien, ça ne sert à rien de s'inquiéter non ? Eh puis, si on pouvait quelque chose, pourquoi s'inquiéter puisqu'il existerait une solution ?
Cyrius : Euh...Ben oui mais à ce compte là, on ne s'inquiète jamais.
Titus : Et alors, tu y tiens tant que ça ? »

En dehors du trio, la dirigeante du village est celle qui souligne l'entraide et l'union comme source d'accomplissement et de réussite. Ne faisant ni partie des guerriers, ni des prêtres, elle semble être celle qui donne un équilibre à la communauté. Savoir mettre de côté ses idées (religieuses) pour ne se concentrer que sur ce qui importe vraiment.


Bref !

C'est un coup de cœur, bien évidemment ! Le mélange aventure et philosophie passe très bien et ne se veut pas moralisateur, juste messager d'amour, de paix et de tolérance.
Je devais lire cette BD depuis longtemps car je ne connaissais l'univers de Koulou qu'à travers quelques extraits. J'ai pris un certain plaisir à lire cette BD et à réfléchir sur les pistes données par l'auteur. En gros, c'est KARAAAAAM ! ;)
J'apprécie la façon dont son tournés les dialogues pour aborder certains sujets : ne pas prôner la violence à tout prix, se tourner un peu plus vers la nature, se questionner sur la religion. D'ailleurs, je me dis que celle de Koulou n'en est pas vraiment une, du moins, pas comme celles de notre société. Selon moi, la religion repose sur la foi en une chose qui ne peut pas être prouver. Or les drulls existent bel et bien. Que dire de la confrérie des prêtres-alchimistes ? Comment cela va-t-il finir ? A suivre dans le tome 2 !


Une page 

Pour des extraits et croquis en tout genre, je vous conseille de rejoindre le groupe des « Amis du monde de Titus » ou de suivre le blog : http://www.lemondedekoulou.over-blog.com/

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